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Crise énergétique : Le Marché de l’électricité, un coupable idéal
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En cette fin d’année, la crise énergétique est sur toutes les lèvres, de tous les discours, dans tous les articles. Le monde s’accorde à chercher des solutions pour faire redescendre la pression sur ce marché en ébullition. Et comme ce débat technique s’est déplacé sur le terrain politique, il faut trouver un coupable : ce sera le Marché. Désigner le Marché de l’électricité comme coupable idéal, c’est vouloir casser le thermomètre pour faire tomber la fièvre. Bruno Lemaire, Ministre de l’Economie, déclarait dès 2021 que : « Ce marché est une aberration. Il n’y a aucune raison que la France paye le coût marginal de fonctionnement des productions de gaz qui se font en Allemagne ou ailleurs. » [1]. La réforme du Marché est depuis devenue le sujet central de l’actualité, duquel s’est saisi la présidente de l’Union Européenne, Ursula Von der Leyen : cette réforme deviendrait la réponse ultime à la situation actuelle[2]. L’argument de la déficience du marché est tentant à plus d’un titre :
Mais ne passe-t-on pas à côté de certaines nuances primordiales pour comprendre la crise qui se déroule sous nos yeux ?
Il est vrai que la formation des prix de l’électricité se fait sur la base du « coût marginal » du dernier actif de production électrique appelé, en l’occurrence la dernière molécule de gaz utilisée pour produire le dernier kWh. Si le fonctionnement du marché peut être questionné, il faut bien comprendre que ce mécanisme de rémunération a permis, depuis maintenant plus de 20 ans, d’inciter des investisseurs privés à financer les actifs de production d’électricité, d’en supporter le risque et parfois les pertes. Le marché semblait beaucoup moins aberrant – et en tout état de cause moins remis en question – quand les tarifs de l’électricité étaient durablement sous les 15€/MWh pendant la période du COVID (pour rappel, même le moyen de production le plus économique doit produire à un niveau de tarif supérieur à 50€/MWh pour trouver sa rentabilité[3]). L’Etat, s’il veut être légitime à interroger les situations de crise telles que celles que nous vivons, doit aussi être présent pour accompagner les producteurs d’énergie en période de prix bas.
La responsabilité – explicite – de producteurs étrangers qui profiteraient de la situation pour sanctionner les consommateurs français, est aussi douteuse : d’une part, elle ne correspond pas à la réalité du marché ; pour reprendre l’exemple Outre-Rhin, le coût moyen de l’électricité a été 20% moins élevé en Allemagne qu’il ne l’a été en France depuis le début de l’année (graphique 1). Par ailleurs, l’ACER, l’Agence Européenne de Coordination des Régulateurs de l’Energie, rappelle que les interconnexions permettent un gain à l’échelle des pays connectés de plus de 35Md€ par an[4]. De plus, à l’époque où notre production était encore excédentaire, cette même interconnexion nous permettait d’exporter et donc d’améliorer notre balance commerciale de plus de 2Md€ par an, ce qui ne suscitait pas autant d’émoi sur le couplage électrique européen.
Enfin et surtout, cette critique met sous silence notre désintérêt collectif du monde de l’énergie, au niveau politique comme au niveau individuel : depuis plus de 25 ans et la mise en service du dernier réacteur nucléaire français, les gouvernements successifs et les citoyens ont considéré la souveraineté électrique comme acquise. La très faible disponibilité actuelle du parc nucléaire nous rappelle de manière violente que ce n’est pas le cas, et l’impact de cette indisponibilité sur les prix est immédiat.
Si l’époque de l’énergie à très bas prix est révolue, c’est peut-être une bonne nouvelle. Car au-delà de la mise en accusation du Marché, cette crise invite à redéfinir nos responsabilités collectives et individuelles quant à notre souveraineté et notre sécurité énergétique :
Cette mutation est une véritable opportunité de se réapproprier un sujet oublié et pourtant central dans nos sociétés. Ne nous trompons pas de coupable, et prenons enfin nos responsabilités !
Clément Blaizot, Responsable Grands Comptes et Partenariats Stratégiques ou Innovation
______________________________________________ [1] Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l’économie, des finances et de la relance, sur la politique de l’énergie, à Paris le 30 septembre 2021. https://www.vie-publique.fr/discours/281787-bruno-le-maire-30092021-politique-de-lenergie[2] Discours d’orientation de la Présidente von der Leyen au Forum stratégique de Bled, Août 2022 https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/speech_22_5225[3] Les coûts d’abattement – Partie 3 — Électricité, Rapport de la commission présidée par Patrick Criqui, France Stratégie, 2022 [4] ACER’s Final Assessment of the EU Wholesale Electricity, Avril 2022. https://acer.europa.eu/Official_documents/Acts_of_the_Agency/Publication/ACER’s%2520Final%2520Assessment%2520of%2520the%2520EU%2520Wholesale%2520Electricity%2520Market%2520Design.pdf
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